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Voyages entre Caraïbes et avant-gardes

Wifredo Lam

du 29 avril au 29 août 2010 Patio

Le musée des Beaux-Arts de Nantes présente la première grande rétrospective de Wifredo Lam en France depuis celle organisée en 1983 au musée d’art moderne de la Ville de Paris, après la mort du peintre. Cette exposition présente l’ensemble du parcours de Wifredo Lam : les grandes périodes de sa création ainsi que les différentes techniques qu’il a pratiquées : peintures, illustrations, dessins et céramiques. Une soixantaine d’oeuvres issues de collections privées et publiques européennes sont pour l’occasion rassemblées (le MNAM, MAMVP, Les musées de Lyon, Grenoble, Marseille, la Fondation Miro à Barcelone, le Musée Reina Sofia à Madrid, la Fondation Maeght à St Paul de Vence, le Musée Boijmans de Rotterdam, le Musée Henie-Onstad à Oslo, le Spengel Museum de Hanovre).
Cette exposition est réalisée avec le concours de la famille Lam.

Né à Sagua la Grande sur l’île de Cuba, d’un père chinois et d’une mère d’ascendance africano-hispanique, Wifredo Lam a fait de son métissage culturel la ligne directrice d’une oeuvre originale et très personnelle.
Originaire de Cuba, carrefour de quatre mondes : l’Asie, l’Afrique, l’Europe et l’Amérique. Wifredo Lam fait en Europe des rencontres décisives. C’est à Barcelone en 1928, où il est venu poursuivre des études artistiques, commencées à La Havane, qu’il voit pour la première fois des sculptures africaines. En Espagne également, il découvre le patrimoine européen Bosch, Brueghel l’ancien, Le Greco. En France il noue des relations fortes avec la création contemporaine, Picasso, les surréalistes. Ses rencontres avec les poètes André Breton mais surtout avec Aimé Césaire, chantre de la négritude, le révèleront à ses origines africaines qui l’inspirèrent tout au long de sa carrière.

Ses tableaux peuplés de créatures hybrides, envahis d’enchevêtrements végétaux, de déesses, de femmes –cheval portent des titres évocateurs de divinités afro-cubaines : Ana mu, Malembo, Elegua… Ailleurs hommes et forêt tropicale se confondent dans d’étranges paysages Jungle (1942-44), Lumière de la forêt (1942). Plus tard des déformations animales et humaines rappelleront la douleur des deuils personnels et la violence des évènements vécus en Espagne notamment. Mais au-delà Wifredo Lam convoque des réminiscences parfois enfouies, comme un patrimoine archaïque.
Sans doute les figures violentes et tragiques, ou encore les signes, les thèmes récurrents dont la maternité que Wifredo Lam met en scène, ont-ils été inspirés par l’art océanien ou sont-ils issus de quelque bestiaire rituel haïtien ou encore de la Cabale. Cependant, c’est en dialoguant avec l’art le plus spéculatif de son temps que Wifredo Lam a construit son espace pictural. La leçon du Cubisme, l’intérêt pour la dictée de l’inconscient
formalisée par les Surréalistes, y a inscrit un jeu de forces et d’élans qui donne à sa peinture sa grande et puissante singularité. En alchimiste doublé de passeur inspiré, Lam est parvenu à créer un nouveau langage pictural riche de plusieurs héritages et affranchi de ses antécédents.
De même il est évident que les surréalistes qui découvrent l’art dit primitif et explorent de nouvelles pratiques d’introspection, comme sa proximité avec Picasso ont joué des rôles importants dans l’élaboration de ses oeuvres. Cependant la force de Wifredo Lam est d’intégrer et créer tel un alchimiste doublé d’un passeur, un nouveau langage pictural, riche de plusieurs héritages et affranchi de ses antécédents.

De Composition1 (1930) à Personnage à la main (1975) : l’exposition avec quelque soixante oeuvres montre le parcours de ce peintre poète. De manière chronologique sera montrée une large sélection d’oeuvres : des premiers travaux assez académiques, des illustrations d’ouvrages de ses amis poètes, des toiles de la très productive période des années 40, de céramiques qu’il réalise à partir des années 50. Cette exposition permettra de découvrir avec un nouveau regard la carrière de Wifredo Lam, d’affirmer sa contribution unique à
l’histoire de l’art du XXe. Il fut en effet un des initiateurs, avant le déferlement de la mondialisation de l’interculturalité, du tissage-métissage artistique.

Wifredo Lam. Lumière de la forêt [La grande jungle], 1942 Wifredo Lam. Lumière de la forêt [La grande jungle], 1942